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L'Existence

Vincent Tholomé

Pour 

Denys-Louis Colaux

Poème pratique d’Anton Nijkov (extrait) — Un jour, une fois, lors d’une URBEX (exploration urbaine), automne, dans une friche industrielle battue intensément par la pluie, dans un dortoir dévasté, nous tombons, Gauthier Keyaerts et moi sur 882 feuillets numérotés, collés aux murs, signés Nijkov, Anton Nijkov, traitant de l’existence, de la vision de Nijkov sur la vie et le monde, à destination du cosmos ou de tout qui, terrestre ou extraterrestre, désirerait connaître la beauté et la folie de l’âme humaine. Dans le feuillet # 87, dans la longue liste des personnes comptant ou ayant comptés pour lui, Anton Nijkov fait allusion, explicitement, à Denys-Louis Colaux, quelqu’un qu’il n’a pas connu, quelqu’un qu’il a dû lire, dont les mots l’ont traversé ou traversent encore. Je reproduis ici les mots de Nijkov. De Denys-Louis Colaux, il dit:

 

Denys-Louis Colovski: je ne sais pas si tu frisais tes moustaches au fer à friser ou si, naturellement, leurs pointes pointaient vers le haut, je ne sais pas si, naturellement, tu pensais que l’amour était le début de l’art ou s’il t’a fallu atteindre un degré de sagesse avant de le penser, nous ne nous sommes jamais croisés, nous ne nous sommes jamais parlé, tes mots pourtant résonnent, tes mots pourtant font sens, je sais que tes lunettes étaient rondes, je sais que tu aimais prendre place sur une page blanche, peut-être écrivais-tu plus vite que les nuées qui nous rattrapent, je ne sais pas, je ne sais pas où tu aimais écrire, je ne sais pas si, le soir, tu rapportais quelque chose de la lune, une pierre friable, unique, ou si, patiemment, tu tournais ta langue dans ta bouche avant de parler, avant de manger le monde, je ne sais pas, je ne sais pas comment tu mangeais le monde, si tu étais cannibale ou ascète, goûtant du bout des doigts les petits pois à peine cuits à l’eau chaude ou dans le cuiseur vapeur ou si, goulûment, tu bâfrais, engloutissant des plats lourds, de viandes en sauce, ayant mijoté des heures sur un feu de bois, ou quelque chose du genre, Denys-Louis Colovski: je sais juste que, pour toi, l’amour aura été une coque qui vibre, un crocodile prodigieux, une beauté d’ange terrible, ou quelque chose du genre, traversant le cou tendu des coqs tous les matins et tous les soirs, à l’instant du chant, des cris du cœur, des joies et des désastres, Denys-Louis Colovski: c’est déjà ça, non?, c’est déjà ça, non?, c’est déjà ça, non?, bien à toi, splendide héros, ton Anton.

© Jean-François Flamey

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