
Prix Bob Morane : l'aventure continue
Marc Bailly
Pour
Henri Vernes
Pour en savoir plus sur le Prix Bob Morane, précédemment évoqué…
Philippe Remy-Wilkin, auteur, gestionnaire de la page dévolue à Henri Vernes sur ce site (et des pages dédiées à Jacques De Decker et Monique Toussaint), a relu l'hommage de Marc Bailly et ressenti l’envie de l’interroger sur le Prix Bob Morane, qu’il a créé.
Voici la réponse de Marc Bailly.
Le Prix Bob Morane : l’aventure continue
En 1999, j’ai créé le Festival Imaginaire. Dans son prolongement, je souhaitais donner naissance à un prix littéraire : une manière de mettre des livres en lumière, de défendre des auteurs et de partager avec d’autres lecteurs le plaisir d’une découverte. Restait à lui trouver un nom.
Celui d’Henri Vernes, et plus particulièrement celui de son personnage Bob Morane, m’est apparu comme une évidence. Un nom peut contenir beaucoup de choses. Celui de Bob Morane porte des départs, des dangers, des rencontres, des terres inconnues. Il évoque ce moment où l’on ouvre un livre en pensant lire quelques pages et où l’on s’aperçoit, bien plus tard, que le monde autour de soi a continué sans nous. Henri Vernes possédait ce talent précieux : donner envie de tourner la page. Puis la suivante. Et, le livre terminé, d’en chercher un autre.
C’est sous ce signe qu’est né le Prix Bob Morane. Le choix de ce nom offrait aussi une liberté à laquelle je tenais. Dans les aventures de Bob Morane, on passe du récit d’aventures à la science-fiction, du mystère au fantastique, de l’espionnage à des menaces qui débordent les frontières du monde connu. Pourquoi un prix portant son nom devrait-il se sentir à l’étroit dans une seule catégorie littéraire ? L’œuvre d’Henri Vernes nous invitait à circuler, à rester curieux, à suivre une histoire là où elle avait besoin de nous emmener.
Cette ouverture se lit dans le palmarès du prix. Dès 1999, Serge Lehman était récompensé pour Aucune étoile aussi lointaine, Stephen Baxter pour Les Vaisseaux du temps et Andreas pour Deliah. Au fil des années, des œuvres de Pierre Bordage, Catherine Dufour, Neil Gaiman, Ted Chiang, Thomas Gunzig, Dennis Lehane ou Karine Giebel les ont rejoints. Des voix très différentes, des sensibilités et des manières de raconter qui ne se ressemblent pas. C’est précisément ce qui rend cette aventure passionnante.
Un prix vit aussi du travail de ses jurés. Il faut lire, confronter ses enthousiasmes, défendre un texte, accepter qu’un autre lecteur ait été touché ailleurs. Derrière les noms annoncés au moment des résultats, il y a toute cette attention portée aux livres. Et l’espoir très concret qu’une distinction donnera à quelqu’un l’envie d’entrer dans une librairie, de pousser la porte d’une bibliothèque ou de découvrir un auteur qu’il ne connaissait pas. Plus d’un quart de siècle après sa création, je reste attaché à cette idée simple : un livre aimé donne envie de le faire lire.
Avec le temps, le Prix Bob Morane est ainsi devenu pour moi une manière de prolonger l’hommage à Henri Vernes. Son nom et celui de son héros accompagnent désormais la découverte d’autres écrivains. Des lecteurs peuvent arriver au prix par attachement à Bob Morane ; d’autres, en découvrant un ouvrage récompensé, auront peut-être la curiosité de revenir vers celui qui lui a donné son nom. J’aime cette circulation entre les livres et les générations. Elle laisse à la mémoire quelque chose de vivant, de disponible, capable encore de provoquer une rencontre.
En 1999, je cherchais un nom pour un prix. Celui de Bob Morane s’est imposé parce qu’il portait déjà le goût de l’aventure. Aujourd’hui encore, chaque nouveau palmarès lui donne une occasion de repartir.
Marc Bailly
Photographe · écrivain
Président des Prix Bob Morane et Masterton
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© Marc Bailly