
Reconnaissance
Françoise Duesberg
Pour
Monique Toussaint
C’était en mai 2016.
J’étais une petite auteure inconnue qui avait publié son premier roman et son premier recueil de nouvelles en 2015. La maison d’édition, Academia, n’était pas non plus très connue ; spécialisée en sciences humaines, elle venait de lancer une collection en littérature.
Mes premiers contacts avec Monique Toussaint furent téléphoniques. Je savais que Chapitre XII, cette belle librairie au bord des étangs d’Ixelles, organisait des rencontres. J’ai eu le toupet d’appeler Monique Toussaint et, loin de me remballer comme je m’y attendais, elle fut tout de suite à l’écoute. Nous avons très vite embrayé sur les modalités d’une rencontre. Elle avait son franc-parler, savait ce qu’elle voulait et j’ai dû louvoyer entre ses exigences et celles de l’éditeur.
Le soir du 13 mai, flanquée de mon compagnon qui me servait de sherpa pour amener les cartons de livres, qui était aussi, entre autres, mon relecteur, correcteur, metteur en page, j’ai découvert la demeure pleine de charme de la rue des Klauwaerts. Monique Toussaint nous a accueillis avec sympathie. Elle nous a introduits dans la librairie, nous avons fait une halte respectueuse devant ce qu’elle appelait l’autel de la famille Toussaint où se côtoyaient les œuvres d’Yvon et de Jean-Philippe. De ce dernier, j’ai lu et apprécié à peu près tous les livres.
Le public, plus nombreux que je ne l’espérais, s’installait. Monique Toussaint, spécialiste de cet exercice, m‘a interrogée avec finesse, humour et franchise sur mon roman, Le Fleuve et la Barrière, et sur mon recueil, La Valise. J’étais alors peu experte dans l’art de parler de mes livres, il me faudrait encore pas mal d’années pour me sentir à l’aise dans ce rôle. Elle a ensuite passé la parole aux deux lectrices d’extraits, Cécile Rittweger, comédienne et cinéaste, et Véronique Deprêtre, auteure et musicienne. Les questions du public, les dédicaces, le petit verre, je découvrais le cérémonial des rencontres en librairie, tellement gratifiantes pour les auteurs, bien plus que les simples séances de dédicaces, souvent sources de frustration !
Monique Toussaint m’a reçue une seconde fois, le 13 septembre 2018, pour mon deuxième roman, Bleu glycine, et mon deuxième recueil de nouvelles, Pierre papier ciseaux. J’ai retrouvé avec plaisir la même ambiance chaleureuse. Ce soir-là, elle observait la présentation du fond de la salle : c’était la conteuse et animatrice d’ateliers d’écriture, Marie-Andrée Delhamende, qui menait le débat, avec Cécile Rittweger comme lectrice.
En ces temps où les best-sellers et les auteurs médiatiques prennent tant de place, nous devons être reconnaissants à Monique Toussaint de s’être battue pour défendre une littérature de qualité et accueillir, à côté d’écrivains chevronnés, d’autres plus modestes. De leur avoir donné une chance.

